ELMED accélère : contrats attribués, financements en place, le réseau tunisien entre en scène

Stations de conversion et câble attribués, comité de pilotage installé, marchés lancés pour la ligne 400 kV terrestre et son financement devant le Parlement : en 2026, l'interconnexion Tunisie–Italie est entrée en phase d'exécution.

En 2026, ELMED a cessé d’être un projet annoncé de longue date pour devenir un programme de travaux. Les stations de conversion et le câble sous-marin sont attribués, un comité de pilotage national est installé, la BERD a lancé les marchés de la ligne 400 kV terrestre, et le 2 novembre la garantie de son financement a été transmise au Parlement en procédure d’urgence. Voici où en est l’interconnexion Tunisie–Italie, et ce qu’elle ouvre.

2026, l’année du passage à l’exécution

Les étapes se sont enchaînées :

  • Janvier : la cheffe du gouvernement a demandé d’accélérer le rythme de réalisation, avec un suivi périodique de l’avancement. Le 15 janvier, la Tunisie et la BERD ont signé un financement de 43 millions d’euros pour ELMED 2, le renforcement du réseau tunisien qui transportera l’électricité de la liaison.
  • Avril : le secrétaire d’État chargé de la transition énergétique a annoncé que la quasi-totalité des contrats d’exécution étaient signés et que les travaux démarreraient en 2026.
  • Juin : Terna et la STEG ont attribué à Hitachi Energy un contrat d’environ 770 millions d’euros pour les deux stations de conversion HVDC, à Partanna en Sicile et à Mlaabi, dans la région de Menzel Temime au cap Bon. Prysmian a reçu de son côté l’ordre de démarrage d’un contrat câble d’environ 460 millions d’euros.
  • Septembre : le comité de pilotage d’ELMED a tenu sa première réunion le 22 septembre, sous la présidence du ministre chargé de l’énergie et avec les ministères concernés et la douane. Le lendemain, la BERD publiait l’avis général de passation des marchés d’ELMED 2.
  • Novembre : le 2 novembre, le bureau de l’Assemblée a transmis à la commission des finances et du budget le projet de loi n° 66 de 2026, qui approuve la garantie du prêt de la BERD, en demandant son examen en urgence.

La liaison en chiffres

ELMED transportera 600 MW dans les deux sens sur environ 220 km, dont près de 200 km de câble sous-marin à travers le détroit de Sicile, sous une tension allant jusqu’à 500 kV en courant continu et par des fonds atteignant 800 m. Ce sera la première interconnexion en courant continu entre l’Europe et l’Afrique du Nord.

Hitachi Energy fournit l’ensemble du système HVDC : valves de conversion, plateforme de contrôle numérique MACH, transformateurs de puissance et appareillage haute tension. Le génie civil, les installations électromécaniques et les systèmes auxiliaires de Mlaabi reviennent à Orascom Construction, ceux de Partanna à D’Agostino Costruzioni Generali. Le câble est fabriqué dans l’usine Prysmian d’Arco Felice, près de Naples, et sera posé par sa propre flotte.

Le budget total est désormais estimé à environ 1,42 milliard d’euros, et les deux contrats principaux en représentent à eux seuls plus des quatre cinquièmes. Le tour de table est large : une subvention de 307,6 millions d’euros du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, 268,4 millions de dollars de la Banque mondiale pour la station de conversion tunisienne et les renforcements du réseau national, 125 millions d’euros de prêts de la BERD, de la BEI et de la KfW signés en décembre 2023, des dons européens d’appui à la mise en œuvre, et désormais les 43 millions d’euros de la BERD pour ELMED 2. La mise en service est annoncée à l’horizon 2028-2030.

Siège de la STEG à Tunis

Le réseau tunisien se renforce à son tour

Une station de conversion de 600 MW au cap Bon ne vaut que par le réseau qui l’alimente, et la STEG renforce ce réseau en parallèle. ELMED 2 s’articule autour d’une ligne aérienne 400 kV de 85 km entre le poste de Grombalia 2, dans le gouvernorat de Nabeul, et Kondar, dans celui de Sousse, à travers Nabeul, Ben Arous, Zaghouan et Sousse. Deux ensembles de lignes d’entrée et de sortie, Ezzahra–Grombalia 1 et Seltene–Grombalia 1, d’environ 10 km chacun, la raccordent au poste 400/225 kV de Grombalia 2 : près de 105 km de nouveaux circuits 400 kV au total.

Le prêt de la BERD court sur 18 ans, dont cinq ans de grâce. Il doit renforcer l’ossature du réseau de transport, acheminer vers le nord et le cap Bon une électricité produite surtout dans le sud et le centre, et préparer le réseau à la production renouvelable et aux exportations vers l’Europe. Les marchés passent par la plateforme ECEPP de la BERD et sont ouverts aux entreprises de tous pays.

Ce qu’ELMED ouvre pour la Tunisie

  • Un débouché pour les renouvelables : la Tunisie vise 35 % d’électricité renouvelable en 2030. Une liaison de 600 MW avec le système italien et européen offre aux projets solaires et éoliens un marché plus large, et au réseau une capacité d’amortir la variabilité de leur production.
  • La sécurité d’approvisionnement : la liaison fonctionne dans les deux sens. Lors des pointes estivales, les importations depuis l’Italie pourront soulager un système sous tension.
  • Du travail pour les entreprises et les fournisseurs : le génie civil de Mlaabi, des lignes 400 kV à travers quatre gouvernorats, les ouvrages de raccordement et les services associés mobiliseront pendant plusieurs années sous-traitants locaux, bureaux d’études et fournisseurs.
  • Un cadre de marché à construire : une assistance technique financée par l’Union européenne prépare les règles d’exploitation et de commercialisation de l’interconnexion. Les acteurs qui suivent ce chantier de près seront les premiers prêts à en tirer parti.

Contrats principaux attribués, financements en place : ELMED a désormais une trajectoire claire vers le détroit de Sicile. Les prochains mois se joueront à terre, sur les lignes, les postes et les règles qui feront de 600 MW de capacité une opportunité pour le secteur énergétique tunisien.


AIUS intervient comme partenaire technique local auprès de développeurs, d’investisseurs, d’intégrateurs et d’entreprises EPC en Tunisie et en Afrique du Nord : conseil technique, due diligence, développement et bouclage financier, management de projet et supervision de chantier jusqu’à la mise en service, ainsi que l’accompagnement aux appels d’offres. Si vous étudiez les opportunités autour d’ELMED, nous sommes à votre disposition pour en parler.

Carte : AIUS (données Natural Earth). Photo : siège de la STEG, Tunis

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