T-MED : 4,5 milliards d’euros de garanties sur la table, la Tunisie déjà en vitrine

L’UE lance T-MED avec 4,5 Md€ de garanties et cite deux centrales solaires tunisiennes de 100 MW. Pourquoi la maturité des projets fera la différence.

Bruxelles a lancé le 26 octobre la plateforme d’investissement T-MED avec jusqu’à 4,5 milliards d’euros de garanties européennes. Deux centrales solaires tunisiennes de 100 MW y figurent parmi les premiers exemples, pour 172 millions d’euros de soutien. Le capital arrive ; la question devient celle des projets prêts à le recevoir.

Une enveloppe revue, une ambition inchangée

Annoncée le 9 juin 2026 lors de la Semaine européenne de l’énergie durable, l’initiative T-MED est rattachée au Pacte pour la Méditerranée. Sa plateforme d’investissement, présentée à Bruxelles par la commissaire à la Méditerranée Dubravka Šuica, démarre avec une capacité de garantie pouvant atteindre 4,5 milliards d’euros au titre du Fonds européen pour le développement durable plus (FEDD+). En juin, la Commission parlait de 5 milliards : l’enveloppe a été réduite d’environ 10 %, et le lancement est intervenu avec un mois de retard sur le calendrier initial, selon Agence Europe.

L’objectif de mobilisation, lui, n’a pas bougé : jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements d’ici 2035, soit environ 5,6 euros attendus pour chaque euro de garantie. Le périmètre couvre la production renouvelable, l’hydrogène, les réseaux, le stockage, les interconnexions et la fabrication de technologies propres. Au-delà des garanties, la plateforme promet un appui sur les cadres réglementaires, les procédures d’autorisation, l’accès au réseau et les contrats d’achat d’électricité.

Tunisie : 200 MW solaires et 172 M€ en exemple

Parmi les projets mis en avant par la Commission figurent deux centrales photovoltaïques tunisiennes de 100 MW chacune, avec leurs ouvrages de transport, associées à des soutiens européens d’environ 92 et 80 millions d’euros. Ni les sites ni les instruments n’ont été précisés. L’Égypte occupe l’autre partie de la vitrine, avec un programme de modernisation du réseau de 1,6 milliard d’euros, un projet d’ammoniac vert à Ain Sokhna, un projet solaire hybride et 500 MW d’éolien terrestre dans le golfe de Suez.

Pour la Tunisie, l’échelle compte. Le pays a franchi en 2026 le seuil des 1 000 MW renouvelables installés, qui couvrent au plus 9 % de son électricité, alors que 97 % de sa dépendance énergétique repose sur le gaz naturel, selon La Presse. À ce niveau, les deux centrales citées par Bruxelles représentent à elles seules près d’un cinquième du parc renouvelable existant. Les objectifs nationaux, 35 % d’électricité renouvelable en 2030 et 50 % en 2035, supposent un rythme de mise en service sans commune mesure avec celui de la dernière décennie.

Le capital n’est plus le premier obstacle

La Commission l’écrit elle-même : la plateforme procédera par appels à manifestation d’intérêt réguliers pour identifier des projets matures. C’est le mot qui compte. Une garantie FEDD+ réduit le coût du risque ; elle ne transforme pas un projet immature en actif finançable. Les comités de crédit regarderont les mêmes points qu’aujourd’hui, avec simplement plus d’appétit :

  • Foncier : titres sécurisés, servitudes et accès purgés, sans contentieux résiduel.
  • Raccordement : étude de raccordement avec la STEG, point d’injection identifié, coût et délai des ouvrages connus.
  • Ressource : campagne de mesure de vent ou données d’irradiation validées, P50/P90 défendables devant un ingénieur indépendant.
  • Environnement et social : étude d’impact conforme aux exigences des prêteurs, et pas seulement au cadre national.
  • Contrats : cadre d’achat d’électricité clair et allocation des risques compatible avec un financement sans recours.

Les projets qui cochent ces cases quand la plateforme commencera à orienter ses premiers dossiers auront un avantage de calendrier difficile à rattraper. Les autres découvriront que la disponibilité des garanties ne raccourcit ni une campagne de mesure, ni une enquête foncière.

L’éolien, l’autre moitié du pipeline

La vitrine tunisienne de T-MED est entièrement solaire. Le pipeline national, lui, ne l’est pas. Le programme validé pour 2026 par la Commission supérieure de la production privée d’électricité prévoit environ 2 GW d’éolien, dont 1 200 MW déjà localisés à Tabaga, Jebel Abderrahmane et El Guettar, à côté des 350 MW solaires avec stockage de Bazma, selon Industrial Info. L’Égypte a montré avec ses 500 MW du golfe de Suez que l’éolien a sa place dans la plateforme. Pour un investisseur, combiner les deux technologies sur un même marché, c’est aussi lisser le profil de production et le risque de ressource.

Où regarder

Pour un investisseur qui découvre la Tunisie à travers T-MED, l’enjeu n’est pas de trouver des mégawatts annoncés, mais des mégawatts développés : des projets dont le travail technique, foncier et réglementaire a déjà absorbé l’essentiel du risque amont, et qui attendent désormais fonds propres et structuration financière. Ce segment est encore étroit, mais il existe. AIUS conduit par exemple le pré-développement de deux projets de ce type, une centrale solaire de 100 MW et un parc éolien de 75 MW, soit 175 MW construits dès l’origine selon les standards que les prêteurs internationaux appliquent en Tunisie.

La Tunisie dispose désormais d’un argument que Bruxelles a rendu public : deux centrales de 100 MW assez solides pour servir de référence. La suite se mesurera au nombre de projets capables d’emprunter le même chemin, et à la vitesse à laquelle ils le feront.


AIUS intervient comme partenaire technique local auprès de développeurs, d’investisseurs, d’intégrateurs et d’entreprises EPC en Tunisie et en Afrique du Nord : conseil technique, due diligence, développement et bouclage financier, management de projet et supervision de chantier jusqu’à la mise en service, ainsi que l’accompagnement aux appels d’offres. Si vous étudiez le marché tunisien dans le cadre de T-MED, nous sommes disponibles pour en discuter.

Photo : © Union européenne, 2026

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